Ce qui touche d’abord, dans ce film d’Anne Fontaine, c’est le calme et la pudeur qui entourent la tragédie. On pourrait dire : la sobriété. Le film commence sans introduction, sans dialogue non plus, par l’office matinal des religieuses, comme pour nous dire que tout va bien… Un jour vient après l’autre. Puis l’intrigue se révèle et le récit démarre, l’air de rien, pour ne plus s’arrêter jusqu’à l’ataraxie finale. Grand choix de mise en scène : aucune musique extra-diégétique (excepté pour une scène) : nous n’entendons que le chant des sœurs, le jeu d’un piano, ou l’ambiance d’une guinguette ; bref, ce que les personnages entendent. Rien ne doit s’ajouter à la réalité terrible que vivent les protagonistes.
Le jeu d’acteur aussi reflète ce même parti pris. Aucun excès, aucun moment de bravoure ne vient changer le drame en cabotinage : les seuls cris sont ceux de l’enfantement… ou du viol. Jamais le film ne laisse place plus grave à d’autres évènements, pas même à la romance de l’héroïne, ni à l’holocauste ; ni même au dénouement qui surprend malgré tout à tirer quelques larmes, sans prévenir, à nouveau dans un moment de grâce sans dialogue ni musique, sans effet : les pas de quelques enfants, leurs éclats de rire, le sourire d’une religieuse qui vient de prononcer ses vœux… Le charme de ce film est d’accepter la lourdeur des événements qu’il dépeint, pour mieux faire briller la beauté qui survit.
En revanche, il subsiste quelques faux-pas dans la démarche d’Anne Fontaine, en particulier dans sa direction d’actrices sur les personnages de la mère supérieure et du docteur Samuel. Alors que l’une tombe dans le cliché de la bigote aveugle, enorgueillie de son devoir et certaine de son bien-faire, l’autre subit son rôle de seul personnage masculin développé. Il doit cumuler maladresse et machisme, charme et dureté, ou encore orgueil et instinct de protection. Il est insaisissable, ce qui parfois crée des personnages mystérieux et fascinants, mais ici il n’est simplement pas crédible, ni attachant. Ses origines juives, le récit de la déportation de ses parents, et son rôle de souffre-douleur semblent en faire le juif de service du film de guerre.
Mais ces erreurs de jugement sont masquées par la profondeur de réflexion que mène la réalisatrice, principalement autour du corps, de la vie et de la foi. Nous sont-ils donnés ? Prêtés ? En sommes-nous propriétaires ou simples usufruitiers ? Quelle part de nos vies ou de nos corps sommes-nous prêts à donner, à refuser à l’autre, à lui prendre de force ? Le film démontre ainsi que meurtres et viols se confondent dans la violence faite à la Personne ; en son corps ou en sa vie. La violence sexuelle n’est pas du même ordre que celle faite au reste du corps. C’est voler à une femme ce qu’elle peut donner ou refuser de plus précieux : l’expression de son amour, sa capacité à donner la vie. Le viol abime le corps et nie la personne. Il va à l’encontre de la vie.
Le vœu de religieuse est un mystère qui semble alors plus compréhensible : il est un don fait à Dieu, du corps et de la vie d’une femme. Si deux heures de film ne le rendent pas moins fou aux yeux du public, ce vœu est au moins démystifié, dé-ridiculisé. Les Innocentes rend honneur à ses religieuses violées, à cette médecin dévouée, et à la vie : celle des enfants qui viennent au monde, celle qui parfois sont prises, et toutes celles qui se donnent d’elles-même.
Ce qui touche d’abord, dans ce film d’Anne Fontaine, c’est le calme et la pudeur qui entourent la tragédie. On pourrait dire : la sobriété. Le film commence sans introduction, sans dialogue non plus, par l’office matinal des religieuses, comme pour nous dire que tout va bien… Un jour vient après l’autre. Puis l’intrigue se révèle et le récit démarre, l’air de rien, pour ne plus s’arrêter jusqu’à l’ataraxie finale. Grand choix de mise en scène : aucune musique extra-diégétique (excepté pour une scène) : nous n’entendons que le chant des sœurs, le jeu d’un piano, ou l’ambiance d’une guinguette ; bref, ce que les personnages entendent. Rien ne doit s’ajouter à la réalité terrible que vivent les protagonistes.
Le jeu d’acteur aussi reflète ce même parti pris. Aucun excès, aucun moment de bravoure ne vient changer le drame en cabotinage : les seuls cris sont ceux de l’enfantement… ou du viol. Jamais le film ne laisse place plus grave à d’autres évènements, pas même à la romance de l’héroïne, ni à l’holocauste ; ni même au dénouement qui surprend malgré tout à tirer quelques larmes, sans prévenir, à nouveau dans un moment de grâce sans dialogue ni musique, sans effet : les pas de quelques enfants, leurs éclats de rire, le sourire d’une religieuse qui vient de prononcer ses vœux… Le charme de ce film est d’accepter la lourdeur des événements qu’il dépeint, pour mieux faire briller la beauté qui survit.
En revanche, il subsiste quelques faux-pas dans la démarche d’Anne Fontaine, en particulier dans sa direction d’actrices sur les personnages de la mère supérieure et du docteur Samuel. Alors que l’une tombe dans le cliché de la bigote aveugle, enorgueillie de son devoir et certaine de son bien-faire, l’autre subit son rôle de seul personnage masculin développé. Il doit cumuler maladresse et machisme, charme et dureté, ou encore orgueil et instinct de protection. Il est insaisissable, ce qui parfois crée des personnages mystérieux et fascinants, mais ici il n’est simplement pas crédible, ni attachant. Ses origines juives, le récit de la déportation de ses parents, et son rôle de souffre-douleur semblent en faire le juif de service du film de guerre.
Mais ces erreurs de jugement sont masquées par la profondeur de réflexion que mène la réalisatrice, principalement autour du corps, de la vie et de la foi. Nous sont-ils donnés ? Prêtés ? En sommes-nous propriétaires ou simples usufruitiers ? Quelle part de nos vies ou de nos corps sommes-nous prêts à donner, à refuser à l’autre, à lui prendre de force ? Le film démontre ainsi que meurtres et viols se confondent dans la violence faite à la Personne ; en son corps ou en sa vie. La violence sexuelle n’est pas du même ordre que celle faite au reste du corps. C’est voler à une femme ce qu’elle peut donner ou refuser de plus précieux : l’expression de son amour, sa capacité à donner la vie. Le viol abime le corps et nie la personne. Il va à l’encontre de la vie.
Le vœu de religieuse est un mystère qui semble alors plus compréhensible : il est un don fait à Dieu, du corps et de la vie d’une femme. Si deux heures de film ne le rendent pas moins fou aux yeux du public, ce vœu est au moins démystifié, dé-ridiculisé. Les Innocentes rend honneur à ses religieuses violées, à cette médecin dévouée, et à la vie : celle des enfants qui viennent au monde, celle qui parfois sont prises, et toutes celles qui se donnent d’elles-même.